Les contrôleurs aériens français travaillent quasiment à mi-temps dans la plus parfaite illégalité. Le
système a été baptisé «clairance». Il est devenu un véritable problème de sécurité aérienne. Dans le jargon aéronautique, une clairance est une autorisation de décollage ou d'atterrissage. Mais
c'est peu à peu devenu une autorisation de passer la journée chez soi. « Les contrôleurs aériens sont censés assurer 24 heures à leur poste par semaine, soit l'équivalent de 160 jours de travail
par an, explique une source syndicale. Mais dans les faits, ils n'assurent souvent que 12 heures hebdomadaires et 80 jours par an.» En principe, les contrôleurs doivent travailler par équipes
tournantes, de quinze personnes à Roissy par exemple.
Théoriquement, ces quinze personnes sont toujours à leur poste et sont d'ailleurs payées pour cela. Mais dans la réalité, plusieurs manquent à l'appel. Leur absence est consignée dans un «cahier
de clairance» qui organise le temps de travail et la rotation de l'effectif de manière totalement illégale. «Le contrôle aérien est une profession qui s'est beaucoup féminisée, ajoute un
spécialiste. Du coup, les clairances sont très pratiquées lors de la rentrée des classes ou des vacances scolaires.»
Officiellement, personne n'a jamais entendu parler de ce système d'autogestion. Les directions d'Aéroports de Paris et d'Air France ne font aucun commentaire. Mais sous le sceau de l'anonymat,
les langues se délient. «Nous avons à maintes reprises relevé une diminution du nombre de mouvements d'avions sur les pistes alors qu'il n'y avait aucun problème météorologique ou technique,
explique un cadre d'Air France. Nous avons alors constaté que les contrôleurs aériens n'étaient pas à l'effectif prévu. Nous restons très en retrait sur ce dossier car nous craignons des
représailles telles qu'une grève.»
De son côté, la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) ne dément pas l'existence de ce système, se contentant de rappeler que «le nombre de positions de contrôle ouvertes à un instant
donné ne peut être inférieur au dimensionnement nécessaire pour la sécurité des vols». Les clairances sont une conséquence de la réforme des autoroutes du ciel de 1999.
Celle-ci a permis d'augmenter le trafic aérien en dessinant de nouvelles routes célestes au-dessus de l'Europe. La DGAC a alors recruté de nombreux contrôleurs aériens formés à ces nouvelles
autoroutes. D'où un sureffectif qui a réduit la fréquence des vacations en tour de contrôle. En clair, une diminution du temps de travail. «Mais depuis plusieurs années, les embauches ne
compensent plus les départs en retraite. Théoriquement, il faudrait que les contrôleurs travaillent plus, explique une source du proche du dossier. Du coup, ils ont mis au point la clairance pour
continuer au même rythme.»
Ce système d'autogestion pose un réel problème de sécurité. Quand un contrôleur doit assurer le poste de plusieurs de ses collègues absents, il doit gérer le trafic et la sécurité de plusieurs
zones, par exemple plusieurs pistes à Roissy ou une zone de parking et une zone d'approche de l'aéroport. Pour cela, il doit regrouper des fréquences radio qui, normalement sont couvertes par un
seul contrôleur. Par exemple, la «fréquence piste» pour les avions qui rejoignent leur parking peut être regroupée avec la «fréquence d'approche» pour ceux qui vont atterrir. Ces regroupements
peuvent entraîner une cacophonie sur les ondes et une situation de stress dans la tour de contrôle propice à l'erreur…
Par Irving
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Publié dans : Tendance
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